Presque toutes les erreurs de composite se ramènent à la même chose : le composite a été conçu pour impressionner quelqu’un, alors que la personne qui le lisait cherchait à évaluer quelqu’un.
Ce sont deux missions différentes. Un composite qui remplit mal la première fonctionne quand même. Un composite qui remplit mal la seconde est refermé.
Nous lisons toutes les candidatures qui nous parviennent par notre fiche casting, et la même poignée de problèmes revient semaine après semaine. Aucun ne tient au physique de qui que ce soit.
À quoi sert vraiment un composite
Votre composite existe pour qu’un inconnu, sur un téléphone, dans une mauvaise lumière, entre deux autres choses à faire, puisse répondre à quatre questions en une quinzaine de secondes. À quoi vous ressemblez. Quelles sont vos mensurations. Où vous êtes. Comment vous joindre.
Voilà tout le brief. Tout le reste, sur un composite, relève de la décoration, et c’est la décoration qui repousse les quatre réponses hors de l’écran.
Bon à savoir : le composite change de nom selon votre interlocuteur. Composite, comp card, zed card, Z card. Un seul et même objet.
Les erreurs de composite, à peu près par ordre de fréquence
Des photos qui ne vous ressemblent plus
La plus courante, et de loin.
Un composite qui montre des images d’une période antérieure de votre vie n’est d’aucune utilité à quelqu’un qui caste un shooting prévu dans six semaines. Cette personne doit savoir qui va passer la porte, et une photo d’il y a deux ans ne peut pas le lui dire.
Vous n’avez pas besoin d’un photographe pour cela. Un téléphone, la lumière du jour, un mur uni, quelqu’un pour tenir l’appareil. Cela l’emporte à tous les coups sur un shooting stylisé de 2024, et j’en débattrai avec qui voudra.
Des retouches qui effacent l’information
Une peau lissée, une taille affinée, un étalonnage qui réchauffe votre carnation de deux crans. Chacune de ces retouches supprime précisément ce qu’un client du maillot de bain ou de la lingerie cherche à lire.
Deux choses peuvent arriver. Le composite est mis de côté, parce qu’il ne permet de rien évaluer. Ou bien vous décrochez le job, vous vous présentez, et s’ensuivent cinq minutes de gêne avant que quelqu’un ne dise quoi que ce soit.
Envoyez la version non retouchée. Si vous n’avez que des photos retouchées, faites-en de nouvelles cet après-midi.
Des mensurations absentes, périmées ou discrètement flatteuses
Un casting maillot de bain consiste à faire correspondre des mensurations à la taille d’un prototype. Sans mensurations, pas de correspondance, et le composite glisse en bas de la pile sans que personne ne pense de mal de vous.
Prenez-les vous-même, au cours du dernier mois, avec un mètre ruban souple, debout, le corps relâché, en sous-vêtements fins. Hauteur, poitrine, tour de taille, hanches : c’est le minimum. La pointure et la taille de vêtement sont un plus.
En cas de doute, mesurez-vous deux jours différents et envoyez la moyenne plutôt que le meilleur des deux chiffres. Personne ne vous compare à un autre mannequin. Soit le prototype vous va, soit il ne vous va pas, et un chiffre choisi avec optimisme ne mène qu’à un après-midi perdu, pour vous comme pour nous.
Cinq versions de la même photo
Même pose, même lumière, même expression, cinq fois. Cela n’apprend qu’une chose au client, en occupant la place qui aurait pu lui en apprendre trois.
Un visage que vous avez caché
Un maquillage complet masque la carnation et modifie la forme du visage. Une coiffure travaillée fait de même avec la ligne du cou et des épaules. Or ce sont précisément deux choses que regarde un client du maillot de bain.
Visage nu, cheveux lâchés et secs. Cela paraît trop dépouillé, et c’est ce dont la personne qui lit a vraiment besoin.
Des coordonnées seulement dans l’e-mail
Les composites se retrouvent séparés des messages avec lesquels ils sont arrivés. Transférés à un photographe. Imprimés et laissés sur une table. Pris en capture d’écran et envoyés à un producteur.
Nom, ville, un numéro de téléphone et une adresse e-mail doivent figurer sur le composite lui-même. Pas seulement dans le message. Cette erreur-là coûte de vrais contrats, et trente secondes suffisent pour la corriger.
Un fichier que personne ne peut ouvrir
L’erreur sur laquelle personne n’écrit, et celle que je corrigerais en premier à votre place.
Un PDF de 14 Mo s’ouvre mal sur un téléphone en données mobiles. Un lien vers un drive partagé qui oblige le destinataire à demander l’accès est une impasse, parce que personne ne demande l’accès. Un lien cloud qui expire au bout de sept jours aura expiré avant que la prochaine gamme soit planifiée.
Joignez de simples JPEG, ou un PDF de moins de 2 Mo environ. Rien de glamour, et c’est ce qui décide si votre composite sera regardé ou non.
À quoi ressemble un composite qui fonctionne
Rien de sophistiqué. Nom, ville, mensurations à jour, un moyen de vous joindre et trois photos honnêtes :
- Une en pied, debout, le dos droit, les bras relâchés le long du corps, sur fond uni
- Une en portrait, tête et épaules, expression neutre, maquillage minimal
- Une en maillot de bain ou en vêtements près du corps, si vous postulez pour des missions maillot de bain ou lingerie
Trois photos qui font leur travail valent mieux que douze qui se répètent.
La plupart des erreurs de composite ne sont, au fond, que celle-ci sous un autre déguisement : les mannequins misent trop sur le design. Mises en page, filtres, un logo, une police que personne ne peut lire en taille vignette. Rien de tout cela n’aide, et une partie vous dessert même franchement, parce qu’une décision de casting se prend le plus souvent sur un écran grand comme la paume de votre main.
Les digitals ne sont pas un composite
Les deux sont sans cesse confondus, et ils ne sont pas interchangeables.
Le composite est votre résumé : meilleures images, mensurations, coordonnées. Les digitals sont l’inverse : des photos volontairement simples, prises aujourd’hui, sans maquillage, sans stylisme et sans retouche, pour qu’un client voie l’état actuel des choses.
Envoyez les deux si vous avez les deux. Si vous n’avez que l’un des deux, envoyez les digitals. Un bon client préfère voir la version honnête.
Ce que devient vraiment votre composite
Nous avons changé notre manière de demander des photos après avoir vu ce que donnait notre première version.
La fiche demandait autrefois des photos dans des poses précises, ce qui devait, pensions-nous, rendre les candidatures plus faciles à comparer côte à côte. C’est l’inverse qui s’est produit. Les gens nous envoyaient la pose plutôt qu’eux-mêmes, et plus nous donnions de consignes, plus les photos semblaient jouées. Nous avons donc cessé de les demander, et la qualité de ce que nous recevons s’est aussitôt améliorée.
Les composites restent dans nos dossiers pour la gamme suivante, et pas seulement pour celle que nous avons sous les yeux, si bien qu’un non en septembre peut bel et bien devenir un oui en février. Les tailles de prototype sont des fourchettes étroites et un peu arbitraires, les gammes changent à chaque saison, et ne pas convenir à l’une d’elles n’est pas la même chose que ne pas convenir tout court.
Mais cela ne fonctionne que si ce que nous avons dans nos dossiers vous ressemble encore.
Mettez votre composite à jour une fois par an. C’est le geste le moins coûteux que vous ferez jamais pour vos propres contrats.